Sanctuaires et habitats

Art visible, art secret Share page with AddThis

Les sites ornés paléolithiques sont généralement qualifiés de « sanctuaires » car perçus comme des endroits sacralisés, distincts de ceux où ont été pratiquées les activités de la vie quotidienne. Toutefois, la diversité des contextes archéologiques associés laissent penser qu’ils ne peuvent pas être réduits à cette seule fonction. Dans les abris sous-roche, les œuvres exposées à la lumière du jour sont visibles du plus grand nombre et jouait un rôle différent pour le groupe, n'excluant pas forcément la notion de « sacré » associée aux « sanctuaires ».

Accessibilité Share page with AddThis

Les œuvres pariétales se retrouvent dans des lieux très diversifiés. Le choix de l'emplacement de ces œuvres n'est donc pas anodin ; exposées à la vue de tous ou bien uniquement visibles par des initiés, elles témoignent sans doute de l'existence d'un art à vocation collective et d'un art « privé ».
 
Les Magdaléniens ont réalisé leurs œuvres aussi bien dans des grottes que dans des sites de plein air. Les grottes profondes, interprétées pour la plupart comme des lieux sacrés, ont rarement livré des vestiges d'occupation. Elles ont été fréquentées de manière ponctuelle, parfois durant de longues périodes. Si, pour certaines, leur entrée est largement visible par leur topographie naturelle, comme à Niaux (Ariège) ou à Font-de-Gaume (Dordogne), leur accès n'est pas toujours aisé et les œuvres sont localisées aussi bien à proximité du cheminement principal, visibles par le plus grand nombre, que dans des emplacements retirés, comme des diverticules étroits ou encore des camarins.
 
En revanche, les sites ornés de plein air, qui ont livré des vestiges d'occupation et sont donc en grande partie liés à la vie quotidienne des Magdaléniens, sont facilement accessibles et les œuvres visibles par tous. Cependant, les choix graphiques des artistes ne permettent pas toujours, même dans ces lieux, de déchiffrer toutes les représentations, certaines paraissant, ici aussi, destinées à quelques initiés seulement.

 

Techniques et rendus Share page with AddThis

Outre l'emplacement  des représentations pariétales, les choix graphiques opérés par les Magdaléniens pour la réalisation de leurs œuvres renforcent également leur destination publique ou privée.
 
Parmi ces choix, les dimensions des œuvres jouent un rôle important : aux graphismes monumentaux, visibles par le plus grand nombre, s'opposent des graphismes discrets aux dimensions réduites.
 
Les magdaléniens choisissaient la technique de représentation de leurs œuvres selon leur destination. La peinture, par la couleur qui se distingue de celle du support, ainsi que la sculpture et la gravure profonde, par les importants jeux d'ombres qu'elles créent, permettent davantage de visibilité que la gravure fine, dont les tracés sont plus difficiles à suivre lorsqu'elle n'est pas rehaussée de peinture.
 
Le déchiffrement de certaines œuvres est également rendu difficile par certaines compositions, dans lesquelles les graphismes sont juxtaposés, voire superposés et surchargés de tracés, ce qui en brouille la lecture.
 
Le « Sorcier » ou le « Jocond » du Roc-aux-Sorciers

Sites ornés, sites occupés Share page with AddThis

Il existe différents types de sites occupés au cours du Magdalénien. Ces types se répartissent selon leur géomorphologie (sites de plein air, abris sous-roche ou grottes) et les fonctions qui leur sont supposées à la lumière des vestiges et des structures mis au jour (habitat, halte de chasse, « sanctuaire », etc.). Les abris sous-roche sculptés magdaléniens sont difficiles à caractériser car les vestiges qu'ils renferment relèvent de l'ensemble de ces différentes fonctions. 

Fréquentation Share page with AddThis

Les abris sous-roche ont été fréquentés à l'époque magdalénienne de façon récurrente. L'accumulation de couches archéologiques traduit une occupation à multiples reprises du même lieu. 

Mais cette fréquentation n'est pas seulement à considérer dans la durée, elle peut aussi correspondre à des moments privilégiés pendant lesquels les Magdaléniens seraient venus nombreux. Cette idée peut être illustrée par le site du Roc-aux-Sorciers dont la configuration et le dispositif pariétal qui prend place dans un espace imposant, d’observation éloignée, ont vocation collective. La grande extension de l’abri sous-roche a pu accueillir plusieurs dizaines d’individus simultanément. Le Roc-aux- Sorciers présente la plupart des critères d’un site d’agrégation tels que définis par M. Conkey : une grande superficie, un emplacement stratégique, une densité d’individus, l’abondance de productions symboliques (art mobilier, parure, art pariétal) et la réutilisation du lieu.

Séjour Share page with AddThis

Ces abris sculptés se caractérisent par la présence de vestiges d'occupation témoignant du séjour des Magdaléniens sur les lieux. Une accumulation des vestiges comme les restes de faunes ou la grande quantité de vestiges de débitage de silex traduisent ce temps passé sur les lieux. La mise au jour d'armes de chasse fracturées mais aussi de vestiges de toutes les étapes de fabrication de ces armes reflète une occupation continue du lieu sur une ou plusieurs saisons. De même plusieurs structures comme de grands foyers ou l'aménagement de sol attestent de ces séjours. Les occupants des lieux veillaient à leur installation en organisant leur espace.

Anneaux Share page with AddThis

Les anneaux sont des aménagements réalisés sur la paroi ou des blocs et ceci dès l'Aurignacien (abri Castanet). Il s'agit de perforation dans la roche permettant de passer un lien. Leur disposition n’est pas aléatoire. Au Magdalénien, au Roc-aux-Sorciers par exemple, ils se localisent sur des arêtes verticales de la paroi, parfois sur des arêtes horizontales, et sont associés en série de haut en bas de la frise, de la voûte jusqu’au socle rocheux. Les anneaux ont pu jouer un rôle dans l’installation de structures de fermeture permettant de protéger et de clore différentes aires d’habitation. Au delà de cet aspect fonctionnel, les anneaux participent à l'organisation des figures en séparant différents registres thématiques. Ils affectent fréquemment des éléments de sculptures figuratives, notamment les bisons au Roc-aux-Sorciers ou les chevaux à Cap Blanc. 

Retailles Share page with AddThis

Des phénomènes de retaille ont été mis en évidence dans plusieurs abris sculptés. Il s'agit de destructions partielles ou complètes et/ou dans certains cas, de reprises. Sur chaque site, différents registres pariétaux successifs se dégagent. Les bisons les sujets les plus retaillés sont repris en chevaux (exemples Cap Blanc, Roc-aux-Sorciers, Chaire-à-Calvin) ou en bouquetins (Roc-aux-Sorciers). Les chutes de retaille se retrouvent dans les couches archéologiques permettant ainsi de dater ces interventions. Ces différentes phases de réaménagement de la paroi traduisent une appropriation continue de la paroi par les Magdaléniens. Ces interventions modifient les espèces représentées et la distribution des différents thèmes présents dans les frises. Les représentations symboliques des abris sculptés magdaléniens évoluent indépendamment de toute innovation technologique repérable dans l'équipement.